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Solitude à emporter !

  • Photo du rédacteur: vaguedemots
    vaguedemots
  • 16 févr.
  • 5 min de lecture

Assise dans son café favori, Juliette écrivait une fois de plus un article. Voilà une bonne heure qu'elle tapait sur son ordinateur une pensée intime. Son site étant comme son journal sensible. Écrire était probablement ce qu'elle aimait le plus au monde. Vivante, c'est ainsi qu'elle se sentait lorsqu'elle réussissait à coucher les mots bloqués dans son esprit.


Cet amour pour le stylo, Juliette l’avait depuis sa plus tendre enfance, mais après des années sans y toucher, elle avait fini par succomber à nouveau. L'écriture, le sauveur de ses sombres tourments. Elle ne lésinait jamais sur le nombre de mots, de pages, d'histoires qu'elle partageait. Entre ces caractères, elle se perdait, voyageait, se livrait, au gré de ses humeurs et ses idées.


Complètement absorbée dans son univers, accompagnée d'un latté glacé et d'un fabuleux cookie, la voilà partie dans une autre galaxie ! Lorsque le bruit de la sonnette de l'entrée du café retentit, un homme entra. De taille moyenne, vêtu d’un débardeur noir et d’un short rouge. Charmant, mais pas vraiment son style, pourtant, la curiosité la gagna.


Ne connaissant pas l'endroit, il prit son temps pour observer la carte et choisir sa boisson. Pendant qu'il discutait avec la serveuse, Juliette, intriguée, ne put s’empêcher de lui jeter un coup d'œil lorsqu'il commanda deux cafés à emporter. Les clients venaient habituellement pour profiter de la tranquillité du lieu.


Elle se demandait si ce mec était accro à la caféine au point de s'enfiler deux cafés d'une traite, ou si son coup d'hier soir l'attendait sagement dans son lit pour le petit déjeuner ! Soit. Juliette secoua la tête pour se reconcentrer dans son écrit, cependant, la voix mélodieuse de l'homme, la déconcentra, en vain.


Lui aussi prit un latté, elle ne put alors s'empêcher de valider intérieurement ce choix. Pendant ce temps, elle observait par la fenêtre, la vie, les passants, les gens. Elle pensa qu’ils étaient beaux, ces inconnus. D’une tendresse infinie lorsqu’ils vivaient sans savoir qu’ils étaient observés. L’authenticité de leurs sourires spontanés, de leurs rires, de ces couples marchant main dans la main. Juliette se perdait souvent dans ces rêveries quotidiennes, l'inspiration vient des choses les plus simples. Ce voyage interne s'arrêta lorsqu'elle vit le client s'avancer dans sa direction. En moins d'une seconde, elle se crispa, sentant l'individu s'approcher de plus en plus de sa bulle.


Elle s'installait toujours à cette table près de l'entrée. Son anxiété faisait qu'elle anticipait constamment une fuite, alors l'angle la sécurisait. Que voulez-vous, le besoin de contrôle joue probablement ! Les yeux rivés sur son écran, elle commença à taper des choses incompréhensibles, perturbée par les pas de plus en plus proches. Elle leva ses grands yeux sombres lorsque l'homme s'arrêta à sa hauteur, ses deux cafés en main, un poil tremblant.


- Je ... Je.. euh.. Je vous ai vu pianoter sur votre ordinateur en passant, je ne doute pas que vous êtes très occupée, mais j'ai..j'aimerais discuter avec vous, de.. fin.. peut-être.. la raison de ce pianotage frénétique ? les yeux du jeune homme s'écarquillaient, puis il ajouta. Et bordel comment vous faites ça ?!!! merde.. je comprendrai si vous m'envoyez paître.. il se gratta le sommet du crâne, regrettant sans doute chacun de ses mots. Juliette ne put s'empêcher de lever un sourcil face à cette demande avant de pouffer de rire face à cette maladresse, l'homme eut un éclair de détresse dans le regard.


- ADAM !! s'écrit-il en tendant la main avant de murmurer pour lui-même. Putain j'ai crié merde.. j'ai omis de me présenter, je m'appelle Adam ! "


Juliette se mordit l'intérieur de la lèvre pour retenir son rire. Elle ressentit de la compassion alors, après lui avoir serré la main, elle lui indiqua le siège à côté d'elle afin qu'il puisse calmer son rythme cardiaque probablement bien trop rapide au vu des tremblements de mains.


- Enchantée Adam ! elle lui lança un regard tendre afin qu'il relâche avant de reprendre. C'est courageux ce que vous venez de faire, franchement je n’aurais jamais osé. Puis elle fronça les sourcils en le regardant et reprit sa phrase "Bordel comment vous faites ça ?!"


Ils échangeaient un regard souriant durant une longue seconde, avant lorsqu'elle reprit la parole, mettant fin à ce silence pesant. Juliette était la douceur incarnée, elle souhaitait que les personnes autour d'elle se sentent comme chez elles, à l'aise. Pourtant, de nature solitaire, elle ne refusait jamais un échange avec un inconnu. Les cadeaux de la vie comme elle aimait les appeler !


- Juliette, je m'appelle Juliette, et, j'adore écrire, je tiens un site internet ou.. je.. parle ! Disons que j'écris les mots que je ne dis pas, vous voyez.


- Je vois. Je vois même très bien, j’ai écrit un livre pour cette même raison. Parlez-moi de votre texte d'aujourd'hui, si.. euh.. si vous voulez bien sûr.


- Arf.. ne vous sentez pas obligé.. vous êtes probablement.. attendu. dit-elle en pointant du doigt les cafés qu'il a commandés quelques minutes plus tôt.


- Oh ça !! Non.. J'hésitais entr.. il rougit brusquement en fixant le sol, puis reprit d'une traite. En réalité, j’ai vu que votre café touchait à sa fin, je me suis dit qu'une seconde dose de carburant vous ferait du bien, mais je ne voulais paraître.. lourd ! Désolé, je vais y aller. C'était stupide.


Il lui tendit le café, réalisant combien son geste pouvait sembler intrusif. Il s'en excusa encore et encore. Juliette resta silencieuse, ne sachant que dire, méfiante, sur sa réserve concernant les intentions peut-être douteuses de l'inconnu. Quand il se leva, elle prit une profonde inspiration.


- Merci dit-elle dans un soupir, perplexe. C'est gentil de votre part, un peu.. psycho sur les bords ajouta-t-elle en grimaçant. Mais le geste est adorable. Et pour répondre à votre question, ce texte, parle de .. la solitude ! La vie est parfois bien ironique, écrire sur la solitude et se faire aborder par un inconnu généreux.


Elle ne put s'empêcher de pouffer de rire face à la situation assez cocasse. Elle enregistra son texte inachevé, se promettant de s'y remettre dans la soirée. Elle referma son ordinateur, puis prit son sac sous le regard interrogateur de Adam ou plutôt ADAM ! Elle le leva en passant son grand sac sur l'épaule en disant :


- Et bien.. vous avez deux cafés à emporter, surtout un latté qui me vend du rêve ! Et.. il y a un parc à côté, alors.. pourquoi p..


- OUI!! Je connais bien ce parc et j'ai tout mon temps, mais pitié, on se tutoie ? il observait Juliette avec un énorme sourire, le même qu'un enfant à qui on aurait tendu son goûter préféré. Cette dernière lui rendit un tendre regard puis ..


 - Putain qu'oui! On est trop jeune pour jouer à ça non !?


Alors, le sourire timide, ils passèrent la porte du café. Juliette laissa derrière elle son article sur la solitude, alors qu'Adam, un peu gauche, oublia les cafés sur la table d'à côté !


Note de l'autrice : Merci à cet homme au short rouge qui a commandé deux cafés à emporter l'été dernier. Sa visite m'avait drôlement inspiré !

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